Une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mis au jour, sur le site de la « Carrière Méac » à Écouché-les-Vallées (Orne), une sépulture dite princière de l’âge du Bronze ancien accompagnée d’un mobilier funéraire d’exception, une découverte que l’institut a détaillée et que les fouilles estivales prolongent cette saison.
La tombe, datée d’environ 1900 à 1800 avant notre ère, a livré selon l’Inrap un ensemble rare pour la région, réuni autour d’un défunt dont le squelette a entièrement disparu, dissous par l’acidité du sol. Restent les objets de prestige, marqueurs d’un statut social élevé dans une Normandie où ce type de sépulture demeure une exception.
Deux poignards et trente et une pointes de flèche
Le mobilier comprend deux poignards en bronze, un fragment de cristal de roche qui aurait pu constituer un pendentif, et 31 pointes de flèche en silex, d’après l’inventaire dressé par l’Inrap. Le plus grand des deux poignards mesure une trentaine de centimètres et conserve les traces d’une gaine en cuir, tandis que le second, plus court, avait été protégé par un fourreau tressé. Les rivets de fixation subsistent, mais les manches organiques, probablement en bois, ne se sont pas conservés.
Les pointes de flèche, de type armoricain comme les poignards, frappent par leur uniformité et le soin apporté à leur taille. Leur exécution renvoie, selon l’institut, à des artisans hautement spécialisés. De tels objets se rencontrent presque exclusivement en contexte funéraire, où ils fonctionnaient comme des signes tangibles de richesse et d’autorité, davantage que comme des armes destinées à un usage courant.
Un rite venu de Bretagne, rare en Normandie
La sépulture était vraisemblablement recouverte d’un tumulus aujourd’hui érodé. Elle relève de la culture dite des « tumulus armoricains », un phénomène bien documenté dans l’ouest de la France, en particulier sur la péninsule bretonne, mais rarissime en Normandie où six exemples seulement ont été recensés à ce jour, précise l’Inrap.
La fouille est menée sur prescription de l’État, via la Drac Normandie, en amont de l’extension de la carrière Méac, sous la responsabilité scientifique de l’archéologue de l’Inrap Emmanuel Ghesquière. Le site s’inscrit dans un ensemble plus large de la même période, avec un enclos cultuel repéré à quelques centaines de mètres près de Loucé et un vaste enclos à Moulins-sur-Orne, distant de six kilomètres.
Une élite installée de part et d’autre de l’Orne
Cette densité de sites de rang élevé sur les deux rives de l’Orne dessine, pour les chercheurs, l’emprise d’un vaste domaine dont la tombe d’Écouché-les-Vallées représenterait l’élite dirigeante. La découverte contribue ainsi à réviser la géographie du pouvoir dans la région au tournant du IIe millénaire avant notre ère, longtemps lue à l’aune des grands foyers bretons.
Des racines néolithiques sous le même champ
Le chantier a également révélé une occupation bien plus ancienne, datée du Néolithique ancien, autour de 4900 à 4800 avant notre ère. Plusieurs grandes fosses attestent d’un habitat, certaines ayant servi de silos de stockage pour les céréales, d’autres de fosses d’extraction de terre pour la construction des murs.
Ces structures ont livré un mobilier caractéristique de la phase tardive de la tradition dite de Villeneuve-Saint-Germain, avec des vases décorés d’impressions de cordelette, des outils en silex taillé, des ébauches de haches polies en roche verte et des fragments de meules. Le bâtiment lui-même, une longue maison de type danubien, se trouve pour l’essentiel hors de l’emprise fouillée, mais rappelle un édifice comparable dégagé à cinq cents mètres de là en 2009.
Ces vestiges comptent, selon l’Inrap, parmi les rares témoignages des premières communautés agricoles installées dans l’Orne à la fin du Néolithique ancien. L’exploitation de la carrière devant se poursuivre, les investigations de terrain se prolongent sur le secteur, avec l’étude en laboratoire du mobilier et des datations encore attendues.

