Le Festival d’Avignon ouvre sa 80e édition sous la menace budgétaire

Le Festival d’Avignon a ouvert samedi 4 juillet sa 80e édition dans la Cour d’honneur du palais des Papes, avec la création-fleuve Maldoror de Julien Gosselin, alors que la suspension par l’État de dotations à plusieurs structures du spectacle vivant fait planer une menace sur le secteur en pleine saison estivale.

L’anniversaire de la plus grande manifestation de théâtre au monde tombe dans un climat tendu. Les organisateurs revendiquent une programmation record, mais le contexte financier des arts vivants, fragilisé par le gel de crédits publics, pèse sur les débats de cette édition placée par la direction sous le signe du doute.

Une édition anniversaire hors norme

Selon la programmation dévoilée par le Festival, la 80e édition rassemble 47 créations, près de 300 représentations dans le IN et une quarantaine de lieux, jusqu’au 25 juillet. La direction annonce 15 000 places supplémentaires par rapport à 2025, et deux tiers des artistes invités s’y produisent pour la première fois à Avignon. Le cirque fait par ailleurs son entrée dans la Cour d’honneur, un lieu longtemps réservé au théâtre et à la danse.

Le coréen est la langue mise à l’honneur cette année, après l’anglais, l’espagnol puis l’arabe lors des éditions précédentes. La romancière sud-coréenne Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, figure parmi les invités. La Méditerranée est par ailleurs l’invitée d’honneur, dans le sillage de la Saison Méditerranée portée par l’Institut français, avec des artistes venus notamment de Chypre, d’Espagne, d’Italie, du Maroc, de Palestine ou de Turquie.

Une majorité de femmes à la mise en scène

Pour la première fois dans l’histoire du Festival, les metteuses en scène sont majoritaires. La programmation compte 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs à la direction des spectacles, un basculement que la direction met en avant comme un marqueur de l’édition.

Le directeur Tiago Rodrigues, reconduit à la tête du Festival pour un mandat courant jusqu’en 2030, a voulu faire de cet anniversaire une « grande fête des questions ». Il a placé l’édition sous une citation de Nietzsche, « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou », et défend une ligne de coopération internationale : « La coopération nous mène plus loin que la rivalité et l’exclusivité », a-t-il déclaré à propos de la programmation.

Maldoror, spectacle-fleuve d’ouverture

Julien Gosselin signe l’ouverture dans la Cour d’honneur avec Maldoror, spectacle de cinq heures ponctué de deux courtes pauses, joué jusqu’au 12 juillet à partir de 22 heures. Le metteur en scène croise l’œuvre de Lautréamont et du romancier chilien Roberto Bolaño pour interroger la violence et le mal, dix ans après 2666, son adaptation-marathon qui avait marqué le Festival.

Dans une note d’intention diffusée par le Festival, Julien Gosselin dit avoir cherché à sonder « la violence humaine », « ses origines et ses zones d’ombre », au croisement du théâtre, du cinéma et de la performance. Le format, exigeant pour les spectateurs, prolonge la manière du metteur en scène de faire tenir ensemble récit, plateau, musique et image sur plusieurs heures. La Cour d’honneur, avec ses quelque 2 000 places, reste l’écrin symbolique du Festival depuis sa fondation par Jean Vilar en 1947.

Le spectacle vivant sous pression financière

L’ouverture s’est faite sur fond d’inquiétudes budgétaires. Selon les informations relayées le 4 juillet, l’État a suspendu les dotations du second semestre pour 28 structures du spectacle vivant, dont plusieurs opéras et orchestres, avant de promettre un déblocage partiel dès la semaine suivante. Le sujet s’est invité dans les rencontres professionnelles de la manifestation, où doivent être abordées les « réalités économiques » du secteur et les conditions de diffusion des œuvres.

La question dépasse Avignon. Le Festival, financé par des subventions publiques et des recettes propres, sert de vitrine à un écosystème de compagnies dont beaucoup dépendent des crédits de l’État et des collectivités. Les débats économiques programmés cette année entendent prolonger la réflexion au-delà de la clôture, fixée au 26 juillet avec L’Aube des questions, une nuit blanche où 80 questions doivent être soumises à des artistes, économistes, scientifiques et militants.

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Jacques CARLES