Souffrance psychique au travail : le Sénat enterre un rapport sur le burn-out

La majorité de droite et du centre du Sénat a rejeté, le 8 juillet 2026, un rapport sur la souffrance psychique au travail, empêchant sa publication officielle. Le texte, porté par la sénatrice Annick Girardin, formulait 39 recommandations pour lutter contre l’épuisement professionnel.

Le vote met un terme brutal à une mission d’information lancée en février 2026, alors que la santé mentale a été érigée en grande cause nationale pour 2025-2026. Sans avis favorable des sénateurs, les travaux ne peuvent être rendus publics, une issue rare pour ce type de mission transpartisane.

Un rapport bloqué avant sa publication

La mission d’information, intitulée « La souffrance psychique au travail, un défi sociétal et collectif à relever », avait débuté ses auditions en février, avant d’entendre le ministre du Travail début juillet. Selon Public Sénat, la rapporteure Annick Girardin, sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon et membre du groupe RDSE, avait rassemblé ses conclusions dans un document intitulé « Quand le travail consume, l’urgence de lutter contre l’épuisement professionnel ».

Faute d’un vote favorable de la commission, le rapport n’a pas pu être adopté. « Plus les jours passent et plus je suis en colère », a réagi Annick Girardin, citée par Public Sénat. La sénatrice Monique Lubin a de son côté qualifié la situation d’« exceptionnelle ».

Trente-neuf recommandations en débat

Le texte contenait 39 propositions, rapporte l’AFP. Parmi elles figuraient la création d’une conférence d’experts chargée d’établir une définition harmonisée de l’épuisement professionnel, l’ajout d’un principe d’« écoute des travailleurs » aux règles de prévention du code du travail, et un renforcement de l’accompagnement des employeurs, en particulier des PME.

Le point de blocage a porté sur une piste précise, l’ouverture de négociations en vue d’inscrire certaines pathologies psychiques liées au travail dans le tableau des maladies professionnelles. Cette perspective a conduit la majorité sénatoriale à s’opposer aux conclusions de la rapporteure.

Les arguments de la majorité

Pour les élus de droite et du centre, l’intégration de la souffrance psychique au tableau des maladies professionnelles se heurte à un manque de cadre juridique. « Pour aller dans ce sens, il faudrait une définition juridique solide et des critères clairs », a fait valoir la sénatrice Pascale Gruny, du groupe Les Républicains, selon l’AFP.

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, entendu le 1er juillet, avait lui-même souligné les divisions sur le sujet. « Il n’y a pas de consensus sur ce sujet-là », avait-il déclaré. Annick Girardin a dénoncé une décision idéologique, estimant, d’après l’AFP, que « la droite sénatoriale s’est enfermée dans une idéologie en rejetant en bloc un rapport pourtant équilibré ».

Un phénomène documenté

Le blocage intervient alors que les données publiques pointent une progression du mal-être professionnel. D’après Santé publique France, la souffrance psychique liée au travail toucherait 5,9 % des femmes et 2,7 % des hommes en 2019, soit un doublement par rapport aux enquêtes de 2007.

Faute d’adoption, les 39 recommandations restent sans traduction officielle. Les membres de la mission peuvent néanmoins publier une contribution individuelle, un chemin que la rapporteure n’avait pas encore tranché au 10 juillet.

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Jacques CARLES