Des moustiques génétiquement modifiés pour tuer le chikungunya dans l’œuf

La  biogénétique pourrait éradiquer l’Aedes aegypti, le moustique responsable de plusieurs maladies tropicales mortelles

Aux Etatss-Unis, les autorités fédérales ont finalement autorisé le lâcher dans la nature de moustiques génétiquement modifiés pour tenter d’éradiquer l’Aedes aegypti, le moustique qui peut être porteurs de maladies telles que Zika, la dengue, le chikungunya et ou encore la fièvre jaune.
L’opération se déroule en ce moment dans le sud de la Floride, au niveau de l’archipel tropical des Keys.  Elle est menée  par Oxitec, une entreprise britannique de biotechnologie qui développe une méthode originale pour lutter contre les moustiques dangereux pour l’homme. Des essais similaires sont également menés au Brésil, au Panama, aux îles Caïmans et en Malaisie pour voir dans quelle mesure le génie génétique pourrait remplacer les insecticides chimiques.
Aedes aegypti ne représente qu’environ 4% de la population de moustiques dans les Keys mais il est responsable de pratiquement toutes les maladies transmises par les moustiques à l’homme dans la région.
Les chercheurs relâchent actuellement des moustiques mâles Aedes aegypti bio-conçus qui vont s’accoupler avec la population de femelles sauvages, qui elles piquent et transmettent les maladies. Ces mâles génétiquement modifiés portent un gène léthal qui est transmis à leur progéniture femelles et conduit ces femelles à mourir dès le stade larvaire. Les descendants mâles ne meurent pas mais sont à leur tour porteurs du gène léthal et le transmettront aux générations futures. Ainsi, avec la disparition progressive des femelles d’Aedes aegypi, ce dangereux moustique devrait être éradiqué de Floride.

L’opération en cours est très ciblée puisqu’elle ne concerne qu’une seule des quelque 3500 espèces de moustiques vivant sur Terre. Seules quelques unes de ces espèces sont réellement dangereuses pour l’homme aussi la disparition d’Aedes aegypti ne devrait donc pas modifier significativement l’équilibre naturel. Les moustiques ne se déplace jamais très loin du lieu où leurs œufs ont éclos ce qui fait que l’expérience peut être menée sur un territoire réduit.

Malgré ces risques limités, on peut comprendre la prudence des autorités américaines qui souhaitent avoir les résultats détaillés de cette campagne témoin avant de permettre une généralisation d’une méthode biotechnologique dont on connait les avantages sur la lutte contre les moustiques par voie chimique mais pas encore les éventuels effets négatifs à long terme sur l’environnement.

Cette expérience est également très suivie par bon nombre de pays dont la France qui voient l’aire de répartition d’Aedes aegypti s’élargir avec le réchauffement climatique.

Source : Emily Waltz – “First genetically modified mosquitoes released in the United States” Nature 593, 175-176 (2021) – doi: https://doi.org/10.1038/d41586-021-01186-6

Jacques CARLES

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