Budget 2027, la sous-indexation des pensions divise le bloc central

Sébastien Lecornu prépare, à un mois de la présentation du projet de loi de finances pour 2027 prévue le 30 septembre en Conseil des ministres, un budget dont l’hypothèse d’un gel partiel des pensions de retraite fracture déjà le camp gouvernemental.

Le dernier budget du double quinquennat d’Emmanuel Macron s’annonce comme un exercice à haut risque pour un gouvernement dépourvu de majorité au Parlement. Selon franceinfo, l’entourage du Premier ministre décrit la préparation de ce texte comme « clairement le chantier de fond de la rentrée », plusieurs scénarios restant à l’étude avant des arbitrages attendus en septembre. La perspective d’une contribution demandée aux retraités a rouvert un débat sensible à neuf mois de l’élection présidentielle.

Un ballon d’essai sur les pensions

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a relancé le sujet dans un entretien à Libération. « La question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée », a-t-il déclaré, en assurant vouloir préserver les retraités les plus modestes.

Le mécanisme évoqué, dit de sous-indexation, consiste à revaloriser les pensions de base à un niveau inférieur à l’inflation, contrairement à ce que prévoit habituellement la loi. Selon le seuil retenu, il permettrait, d’après franceinfo, des économies de plusieurs milliards d’euros. Le dossier reste politiquement explosif, les retraités constituant la tranche d’âge la moins abstentionniste lors des scrutins électoraux, un poids qui pèse à l’approche de la présidentielle.

Thierry Breton monte au créneau

Dans le bloc central, l’ancien commissaire européen Thierry Breton s’est opposé à cette piste. « C’est une très mauvaise idée. Je pense qu’il ne faut pas toucher aux retraités », a-t-il déclaré sur BFMTV. Roland Lescure lui a répondu sur le réseau Bluesky, prolongeant une controverse publique entre deux figures de la même sphère politique.

Ces échanges ne sont pas inédits. Selon franceinfo, François Bayrou, Michel Barnier et Sébastien Lecornu lui-même avaient envisagé des mécanismes semblables avant d’y renoncer, faute de soutien politique suffisant.

Un objectif de déficit revu

Le Premier ministre a fixé comme cap une réduction du déficit public à 4,9 % du produit intérieur brut, selon Le Monde. Ce seuil marque une inflexion par rapport aux 5,1 % constatés pour 2025, mais s’éloigne des 3 % exigés par les règles européennes et promis par la France à l’horizon 2029. Dans un entretien à Paris Match en juillet, Sébastien Lecornu avait posé le cadre de l’exercice. « Notre objectif est clair : réduire le déficit grâce à des économies structurelles », déclarait-il, en écartant toute « hausse ou création d’impôts ». Plusieurs rapports de l’inspection générale des finances publiés durant l’été ont nourri ces pistes d’économies.

Des niches fiscales pourraient toutefois être réévaluées. Selon L’Opinion, les aides personnelles au logement pour les étudiants des familles les plus aisées pourraient être rabotées, pour un gain de 325 millions d’euros. Une série de mesures visant les familles nombreuses les plus aisées est aussi à l’étude, pour un possible gain de 4 milliards d’euros, d’après Le Figaro.

Un parcours parlementaire périlleux

Le projet de loi de finances pour 2027 doit être présenté en Conseil des ministres le 30 septembre, avant un examen parlementaire incertain. Faute de majorité, le gouvernement pourrait recourir à l’article 49.3, au risque d’être renversé, ou à une loi spéciale prolongeant les débats au-delà du 31 décembre, comme les deux années précédentes.

Sébastien Lecornu devra de nouveau espérer la neutralité du groupe socialiste. Le Parti socialiste d’Olivier Faure présentera son contre-budget lors de sa rentrée à Blois. « Nous demanderons au gouvernement de se positionner sur ces propositions », a déclaré sur franceinfo Philippe Brun, député PS de l’Eure. Le Premier ministre mise sur un compromis, plaidant lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence en juillet qu’il « vaut mieux un budget de compromis » que d’aller « mettre le pays complètement dans le ravin ». Les arbitrages sont attendus courant septembre, avant la présentation du texte le 30.

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Jacques CARLES