Santé publique France lance CaniculePrev pour mesurer les effets ressentis des vagues de chaleur

Santé publique France a lancé le 10 août 2026 CaniculePrev, une enquête nationale destinée à mesurer les effets ressentis des fortes chaleurs sur la santé physique et mentale de la population, ainsi que les gestes de protection réellement adoptés. L’agence sanitaire interroge 2 000 personnes majeures résidant en France métropolitaine, selon son communiqué.

Le lancement intervient après plusieurs étés marqués par des vagues de chaleur intenses et prolongées, alors que les données sanitaires classiques, fondées sur les passages aux urgences et la mortalité, ne disent rien du vécu quotidien des habitants. CaniculePrev vise précisément à combler cet angle mort en documentant fatigue, troubles du sommeil ou anxiété, et la manière dont chacun s’adapte.

Une enquête en ligne auprès de 2 000 adultes

L’enquête repose sur un questionnaire anonyme et auto-administré en ligne, adressé à un échantillon de 2 000 personnes de 18 ans et plus vivant en métropole, précise Santé publique France. Les participants sont interrogés sur leur exposition à la chaleur, leur vulnérabilité individuelle, leurs caractéristiques sociodémographiques et les symptômes éventuellement ressentis.

Le questionnaire explore aussi les comportements de prévention concrets, comme le rafraîchissement du logement, l’hydratation ou l’adaptation des habitudes de vie durant les épisodes de forte chaleur. L’objectif affiché est de cerner la perception du risque, dimension jusqu’ici peu mesurée à l’échelle nationale.

Cette photographie du ressenti individuel doit aider à comprendre pourquoi certains gestes de protection, pourtant largement diffusés lors des alertes, restent inégalement appliqués selon les âges, les logements ou les conditions de travail. L’agence rappelle que la chaleur ne frappe pas de manière uniforme et que l’exposition dépend autant du bâti que des habitudes de vie.

Compléter les indicateurs de mortalité par le vécu

Santé publique France présente CaniculePrev comme un complément aux indicateurs existants, tirés du recours aux soins et des données de décès. “Face à la succession de vagues de chaleur intenses et prolongées ces derniers mois, il est essentiel d’évaluer comment les individus perçoivent, réagissent et s’adaptent à ces phénomènes climatiques extrêmes”, indique l’agence dans sa présentation, afin d’ajuster en conséquence les mesures de prévention.

Cette approche par le ressenti doit permettre d’affiner les messages destinés aux populations les plus exposées, notamment les personnes âgées, isolées ou souffrant de pathologies chroniques, selon l’agence. L’enquête est conçue pour être reconduite chaque année, afin de suivre l’évolution des effets ressentis et des comportements d’adaptation dans la durée.

Un contexte de surmortalité estivale documentée

L’initiative s’inscrit dans un contexte de bilans sanitaires lourds. Pour la seule vague de chaleur de fin juin 2025, Santé publique France avait communiqué le 3 juillet un premier bilan incomplet faisant état d’une hausse de la mortalité toutes causes de 29,1 %, soit environ 2 025 décès supplémentaires sur la semaine du 22 au 28 juin.

Cet excès de mortalité concernait surtout les 45 ans et plus et se révélait particulièrement marqué à domicile, avec une progression de 91 %, d’après l’agence. L’été 2025 s’était par ailleurs classé au 3e rang des étés les plus chauds jamais mesurés en France, avec une anomalie de +1,9 °C par rapport à la normale, derrière 2003 et 2022, selon Météo-France. Le pays avait alors connu 27 jours en situation de vague de chaleur, répartis sur deux épisodes.

Ces chiffres illustrent l’ampleur d’un phénomène amené à se répéter, alors que les épisodes de forte chaleur se sont enchaînés durant l’été 2026. En documentant le vécu au-delà du décompte des décès, CaniculePrev cherche à saisir un impact plus diffus mais massif, celui d’étés qui altèrent le sommeil, la vigilance et le moral d’une large partie de la population.

Des premiers résultats attendus à l’automne

Les premiers résultats de CaniculePrev sont attendus en octobre 2026, les données définitives devant être disponibles avant la fin de l’année, indique Santé publique France. Ils doivent alimenter la révision des recommandations de prévention et documenter l’adaptation de la population à des étés durablement plus chauds.

En donnant la parole aux habitants sur ce qu’ils éprouvent réellement pendant les pics de chaleur, l’agence entend disposer d’un outil de suivi comparable d’une année sur l’autre. Reconduite chaque été, l’enquête pourrait ainsi mesurer si les gestes de protection recommandés se diffusent effectivement dans la population.

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Jacques CARLES