Les taux des prêts à l’habitat tiennent bon en France à la mi-juillet 2026, alors même que la Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs le mois précédent. Selon le baromètre du courtier CAFPI relevé au 14 juillet, le taux immobilier moyen s’établit à 3,42 % sur vingt-cinq ans, un niveau quasi stable qui témoigne de la résistance d’un marché du crédit sous tension.
Cette accalmie apparente masque un équilibre fragile. Confrontées à la remontée des taux directeurs et aux tensions persistantes sur le marché obligataire, plusieurs banques ont choisi de rogner sur leurs marges pour préserver la demande, tandis que les ménages composent avec un pouvoir d’achat immobilier durablement rétréci.
Des barèmes stables sur toutes les durées
D’après CAFPI, les clients du courtier ont obtenu en moyenne, sur la première quinzaine de juillet, des taux de 3,17 % sur quinze ans, 3,31 % sur vingt ans et 3,42 % sur vingt-cinq ans. Les meilleurs dossiers ont décroché des conditions nettement plus basses, autour de 3,00 % sur quinze ans et 3,20 % sur vingt-cinq ans.
- 3,17 % en moyenne sur 15 ans (3,00 % pour les meilleurs profils)
- 3,31 % en moyenne sur 20 ans (3,10 % pour les meilleurs profils)
- 3,42 % en moyenne sur 25 ans (3,20 % pour les meilleurs profils)
« Le marché du crédit immobilier fait preuve de résilience malgré un environnement monétaire toujours contraint », résume le courtier dans sa note mensuelle, soulignant que la stabilité des barèmes contraste avec le durcissement opéré par l’institution de Francfort.
Le paradoxe d’une hausse des taux directeurs
La séquence est inhabituelle. La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 0,25 point le 11 juin, un mouvement de resserrement qui aurait dû mécaniquement pousser le coût du crédit à la hausse. Pourtant, plusieurs réseaux bancaires ont préféré abaisser légèrement leurs barèmes afin de rester compétitifs et de soutenir une demande fragilisée.
Cette stratégie commerciale trouve toutefois ses limites du côté du marché obligataire. L’OAT française à dix ans, référence pour la fixation des taux immobiliers, a évolué à proximité de 4 % avant de refluer, un niveau qui pèse sur la capacité des banques à consentir de nouvelles baisses.
Un accès au crédit facilité par le taux d’usure
La révision à la hausse du taux d’usure au 1er juillet constitue un autre facteur de détente. Ce plafond légal, au-delà duquel une banque ne peut prêter, avait exclu du financement de nombreux dossiers dont le taux global dépassait la limite autorisée.
Son relèvement redonne de l’air à une partie des emprunteurs, en particulier les profils les plus modestes ou les plus âgés pour lesquels le coût de l’assurance emprunteur faisait basculer le taux effectif global au-dessus du seuil. Le baromètre CAFPI note que les Français « restent déterminés à concrétiser leur projet immobilier », signe d’une demande contenue mais bien présente.
Une production de crédit qui ralentit à l’été
Derrière la stabilité des taux, le volume des crédits accordés donne des signes d’essoufflement. La production de nouveaux prêts a ralenti en mai et juin, sous l’effet combiné du tour de vis monétaire de la BCE et des tensions obligataires qui renchérissent le refinancement des banques.
La conjoncture pèse également sur le moral des acquéreurs. Le taux de chômage est remonté à 8,1 % au premier trimestre 2026, en hausse de 0,7 point sur un an, une dégradation qui fragilise les projets d’achat. Sur l’ensemble de l’année, le nombre de transactions dans l’ancien pourrait reculer d’environ 5 %, autour de 1,026 million de ventes.
Des offres commerciales pour relancer la demande
Face à ce marché atone, les établissements affûtent leurs arguments. LCL a annoncé le lancement, prévu pour la rentrée, d’un crédit immobilier intégralement souscrit en ligne et assorti d’une réponse express.
« Nous serons en mesure d’éditer une offre de prêt officielle en moins de 60 minutes », a assuré la direction générale de la banque dans les colonnes des Échos, présentant le dispositif comme inédit en Europe. Le soutien public à l’accès au logement doit par ailleurs se renforcer à l’automne, l’aide personnalisée au logement devant être revalorisée d’environ 1,15 % au 1er octobre, en application de la formule de révision annuelle indexée sur l’indice de référence des loyers publié par l’INSEE.
Une trajectoire suspendue à la rentrée de septembre
La stabilité observée cet été pourrait ne pas durer. Les courtiers anticipent le maintien de barèmes globalement inchangés pendant la période estivale, mais n’excluent pas une remontée des taux dès le mois de septembre si les tensions sur le marché obligataire venaient à s’accentuer, une échéance désormais scrutée par les candidats à l’emprunt.

