Emmanuel Macron a annoncé lundi 13 juillet, lors de son discours aux armées à l’hôtel de Brienne, vouloir avancer à 2027 l’objectif d’un budget de la défense de 64 milliards d’euros, initialement fixé pour 2030. Le chef de l’État a présenté cette accélération comme une réponse directe à l’aggravation des menaces pesant sur le continent européen.
À la veille du défilé du 14-Juillet, cette dixième adresse annuelle aux militaires prend un relief particulier : elle est la dernière du quinquennat, et elle engage les crédits d’un budget que le successeur du président devra assumer. Pour un gouvernement Lecornu déjà contraint de chercher plusieurs milliards d’économies dans le budget 2027, l’annonce fixe une priorité difficilement contournable.
Un budget de la défense porté à 64 milliards dès 2027
Devant les militaires réunis à l’hôtel de Brienne, siège du ministère des Armées, Emmanuel Macron a formulé une demande claire d’accélération. « Je demandais d’accélérer encore cet effort de défense et fixer pour objectif d’avancer à 2027 l’ambition initialement prévue pour 2030 d’atteindre un budget de 64 milliards d’euros », a déclaré le président de la République, selon le compte rendu publié par le ministère des Armées.
Le déplacement de cet objectif de trois ans reviendrait à un doublement du budget des armées en une décennie. Selon les données rappelées par France 24 et Euronews, l’enveloppe consacrée à la défense est passée de 32,3 milliards d’euros en 2017 à 57,1 milliards pour 2026, la seule année 2026 marquant une hausse de l’ordre de 13 %.
Trente-six milliards supplémentaires sur la période 2026-2030
Au-delà du calendrier, le chef de l’État a confirmé un effort financier supplémentaire de 36 milliards d’euros programmé pour la période 2026-2030, dans le cadre de la loi de programmation militaire. Le ministère des Armées associe à cette rallonge trois grandes priorités.
- l’augmentation des stocks de munitions et le renforcement de la préparation opérationnelle des forces ;
- des moyens supplémentaires pour la souveraineté, notamment l’alerte avancée, l’espace et la défense sol-air ;
- le rehaussement de la dissuasion nucléaire.
Ces orientations prolongent la trajectoire de réarmement engagée depuis le début de la guerre en Ukraine. Interrogé sur la suffisance des mesures prises, Emmanuel Macron a estimé que l’« économie de guerre » lancée quatre ans plus tôt devait encore être intensifiée, appelant l’industrie de défense à gagner en agilité, selon Usine Nouvelle.
Un discours placé sous le signe des engagements tenus
Le président a inscrit ces annonces dans le bilan de son action. « L’engagement a été tenu et nous avons bien fait », a-t-il affirmé, en référence à sa promesse de 2017 de faire de la défense une priorité budgétaire. « C’est la dixième fois que j’ai l’honneur de me tenir ici parmi vous », a-t-il ajouté, se disant « heureux et fier » de s’exprimer devant les armées.
Le chef de l’État a cherché à présenter la France comme un point d’ancrage pour ses partenaires. « La France est un partenaire fiable, stable, qui tient ses engagements et qui tient une ligne claire », a-t-il déclaré, selon le ministère des Armées. Il a assumé une posture de fermeté : « La paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit, et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre. »
Une équation budgétaire lourde pour le gouvernement Lecornu
L’accélération annoncée intervient dans un contexte de finances publiques tendues. Le gouvernement de Sébastien Lecornu prépare un budget 2027 sous forte contrainte, alors que la prévision de croissance pour 2026 a été révisée à la baisse et que l’exécutif recherche des économies pour tenir sa trajectoire de réduction du déficit. Le financement d’une hausse aussi rapide des crédits militaires devra donc être arbitré au sein d’un cadre budgétaire déjà sous pression, sans que le président ait précisé, lors de son discours, les redéploiements envisagés.
La traduction concrète de ces engagements relèvera des prochains textes financiers. Le projet de loi de finances pour 2027, attendu à l’automne, constituera le premier test de l’accélération demandée par le chef de l’État, dont la mise en œuvre s’étendra au-delà de la fin de son mandat.

