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Empreinte carbone comparée du livre imprimé et du livre numérique

Empreinte carbone du livre imprimé

Pour fabriquer un livre de qualité, il faut du papier dit d’impression-écriture, lequel comporte un pourcentage important de fibres « vierges » provenant de pâte à papier issue d’arbres. Le circuit pour produire un livre est par ailleurs complexe pour minimiser son prix de revient dans une économie mondialisée. Les arbres peuvent très bien venir du Canada, être transformés en pâte à papier aux États-Unis. Cette pâte peut ensuite être acheminée en Allemagne où elle est transformée en bobines de papier qui seront expédiées au Vietnam pour l’impression et le façonnage des livres. Ces derniers seront alors expédiés en Europe ou en Amérique pour être distribués dans les circuits de librairies, les grandes surfaces où chez les particuliers via Amazon. Dans un tel schéma, très courant, le bilan carbone du livre dépassera les 15 kg de CO2 voire bien davantage encore s’il s’agit d’un livre illustré avec des photos qui vont nécessiter des encres gourmandes en pigments et en énergie pour les fabriquer. A l’inverse un livre de poche, avec un taux élevé de papier recyclé, totalement fabriqué et distribué en France où l’électricité est pour l’essentiel d’origine nucléaire, aura une empreinte carbone beaucoup plus faible, de l’ordre de 2 à 3 kg de CO2 selon la grosseur du livre.

Empreinte carbone du livre numérique

Le bilan carbone du livre numérique dépend du bilan carbone du lecteur (liseuse ou tablette), de la durée de vie de cet accessoire, du nombre d’ebooks qu’il permettra de lire et des autres usages du lecteur : une liseuse exclusivement réservée à la lecture d’ebooks supportera 100% de l’empreinte de cette liseuse, une tablette qui n’est utilisée qu’à 10% de son temps pour la lecture d’ebooks supportera 10% de son empreinte, le reste étant à la charge des autres usages (navigation internet, courrier, jeux, films, musique, réseaux sociaux, photos, etc.)
L’empreinte du lecteur lui-même varie selon les composants utilisés et le lieu de fabrication : une tablette fabriquée en Chine où l’énergie provient encore pour beaucoup du charbon sera moins bien placée qu’une liseuse qui pourrait être fabriquée en Norvège où l’électricité est d’origine hydroélectrique. L’origine des matières premières et les circuits de commercialisation impacte aussi le bilan carbone. Au total global, l’empreinte carbone se situe entre 120 et 180 kg de CO2 par tablette.
Par ailleurs le nombre de livres lus sur une liseuse ou sur une tablette va dépendre des habitudes de son propriétaire. Celui qui change de tablette tous les ans et qui ne lit qu’un ou deux livres par an n’aura pas le même impact carbone que celui qui garde son Ipad pendant 10 ans et qui lit des dizaines d’ebooks chaque année.

Sur un plan strictement environnemental, sauf si on ne lit que quelques livres pendant la durée de vie de sa tablette, le livre numérique a une empreinte carbone bien plus faible que celle du livre imprimée. L’écart peut être considérable pour un lecteur régulier : un lecteur qui garde sa tablette 5 ans et qui l’utilise 10% de son temps pour lire une centaine de livres dans cette période, sera responsable d’une empreinte carbone moyenne de 0,15 kg de CO2 pour chacun de ses ebooks (contre 2 à 15 kg pour un livre imprimé). En d’autres terme, s’il avait lu ses 100 livres sous format imprimé, sa lecture aurait laissé une empreinte de 200 kg à 1500 kg de CO2 au lieu des 15 kg qui correspondent à ses 100 ebooks.

Pour être plus précis il faudrait pousser l’analyse environnementale et prendre en compte d’autres paramètres que le bilan carbone. L’impact environnemental des métaux lourds pour le numérique par exemple, ou encore les importantes pollutions organiques et minérales de l’industrie du papier, la consommation électrique d’une tablette, l’éclairage nécessaire pour lire un livre la nuit, etc. Le cas des livres d’occasion et des livres en bibliothèques seraient aussi intéressant à étudier et devrait amélorer le score environnemental des livres imprimés.

L’ergonomie perçue du mode de lecture, variable d’une personne à l’autre, est un autre paramètre important. Certains ne prennent plaisir qu’à lire un « vrai » livre imprimé d’autres trouvent pratique d’emporter leur bibliothèque dans une simple tablette qui leur sert aussi de machine à écrire, de table de jeux, de lecteur de film ou de musique,  d’appareil photos, etc.

Quelques règles de bon sens peuvent toutefois s’appliquer : évitons d’encourager les magazines, catalogues et publicité sur papier. Leurs charges minérales, leurs pigments et les encres de leurs illustrations finissent toujours par accroître la pollution de nos rivières et de nos sols. De même résistons aux sirènes du marketing, luttons contre l’obsolescence programmée et conservons nos tablettes (et téléphones) le plus longtemps possibles.

Enfin, l’analyse des évolutions des ventes des livres imprimés et des livres numériques, montrent, qu’entre les tenants du numérique et les tenants du papier, la coupure n’est donc pas aussi nette qu’on le pensait. Il y a davantage une complémentarité des formats de lecture qu’une opposition (voir article : avenir du livre numérique).

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source des données de base :

  • Jean‐Robert Wells et al.,Carbon Footprint Assessment of a Paperback Book, Journal of Industrial Ecology (2012)
  • Emma Ritch, The environmental impact of Amazon’s Kindle (rapport Cleantech, 2009)
  • communication privée : Département des Sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi (P.Q, Canada)
Jacques CARLES

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