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De l’inflation à l’hyperinflation : l’effondrement monétaire est-il imminent en Russie ?

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Avant même le déclenchement de la guerre en Ukraine, une dynamique d’inflation s’est mise en route en Russie dès 2021 .

source des données : https://rosstat.gov.ru/

Cette inflation déjà très sévère pourrait s’aggraver. Selon les projections de la Banque centrale russe elle pourrait atteindre 20% en rythme annuel dès 2022. Au-delà, pourrait-elle déboucher sur l’apocalypse de l’hyperinflation en 2023?

L’hyperinflation est un phénomène exceptionnel mais certains facteurs qui la provoquent deviennent perceptibles en Russie.

La production globale du pays diminue du fait des sanctions imposées par la majorité du monde développé. Certes la Russie est un pays exportateur net, mais cela ne signifie pas qu’elle n’importe pas des produits nécessaires à son économie.
Les produits de consommation non-alimentaires ont commencé d’augmenter fortement. L’électroménager (téléviseurs, aspirateurs, etc.) et les voitures ont déjà grimpé de 15 à 20%, y compris pour les constructeurs nationaux (1)
Dans les supermarchés, la disparition progressive de nombreux produits occidentaux est déjà perceptible à mesure que les stocks s’épuisent. La pénurie n’affecte pas encore les produits de base (lait, beurre, pates, sucres, etc.) mais la tension sur les matières premières alimentaires se traduit sur les prix. Pour limiter la hausse du prix du pain, déjà subventionné en Russie, le gouvernement russe vient d’interdire l’exportation de blé dont il est, avec l’Ukraine, est des plus gros producteurs mondiaux. Cette production risque néanmoins d’être pénalisée par l’interdiction occidentale de livrer des semences à la Russie. Autre effet calamiteux : les risques de famine dans les pays du sud dépendant du blé russe et ukrainien.

La monnaie russe est par ailleurs soumise à rude épreuve. En quelques semaines, le rouble s’est effondré. En début d’année il fallait 85 roubles pour 1 euros, le 7 mars il en fallait 155, presque 2 fois plus. La Banque centrale russe a dû doubler son taux directeur pour limiter à 30% la chute du rouble .

source des données : https://fr.exchangerates.org.uk/


Cette stabilisation du rouble risque de n’être que momentanée car la capacité d’intervention de la Banque centrale russe va trouver rapidement sa limite malgré le trésor de guerre en devises étrangères constitué ces dernières années. Elle ne parvient déjà plus à ralentir les fuites de capitaux (les actifs financiers quittant le pays) alors que les entrées ne cessent de diminuer. Face à l’urgence, le pouvoir oblige les entreprises à vendre 80 % de leurs revenus étrangers à la Banque centrale, en d’autres termes, 80 % ou plus des devises étrangères du pays seront désormais automatiquement vendues contre des roubles pour soutenir le cours de la monnaie nationale. Une mesure dont l’effet pervers est de freiner le commerce international. Au niveau individuel, les Russes ne peuvent désormais pas exporter davantage que l’équivalent de 10.000 dollars par mois en devises étrangères. Les possédants utilisent donc des alternatives telles que les crypto-monnaies pour fuir la dépréciation du rouble.

A terme, la chute du rouble impactera donc aussi les capacités de production. La baisse de la monnaie va impacter les entrepreneurs qui doivent importer les matériaux pour leurs ateliers

L’arrêt des services bancaires des réseaux internationaux (Visa, Mastercard, Paypal,etc.)complique encore un peu plus la situation pour les russes dont le système de transaction est déjà fragile.

La main d’œuvre devient également une préoccupation. Des grèves ouvrières ont lieu pour protester contre la rapide augmentation du coût de la vie. Des jeunes, surtout des cadres et des diplômés, quittent le pays. Les soldats morts, blessés ou simplement au front va manquer aux entreprises. Si la guerre se prolonge, la propagande aura du mal à cacher la réalité de la situation et des troubles civils pourraient exploser malgré la répression.

En résumé, le système de production russe est menacé de paralysie de mille façons.

A l’exception du Canada, aucun pays n’a encore bloqué l’importation de pétrole ou de gaz russe. Mais cela ne signifie pas que les exportations d’énergie ne soient pas pénalisées. Certains groupes pétroliers, comme BP et quelques autres ont rompu leurs relations avec la Russie et de nombreux négociants ont cessé d’acheter du pétrole russe. Le prix du brut atteint des sommets historiques mais la perspective de perdre des marchés à l’ouest pourrait conduire la Russie à consentir d’importantes décotes pour trouver de nouveaux débouchés. Elle pourrait alors de pas pouvoir tirer réellement bénéfice du cours gonflé du Brent. Dès aujourd’hui de grandes remises sont enregistrées sur le pétrole de l’Oural.

Une fois que le trésor de guerre sera complètement épuisé et que le constat sera fait de l’échec du contrôle des capitaux, le pouvoir en place aura le plus grand mal à émettre de la dette souveraine pour reprendre le contrôle de la monnaie et de son économie. L’emprunt n’étant plus possible, la planche à billet deviendra la seule solution. L’hyperinflation commencera ses ravages.

Elle aura aussi des conséquences inflationnistes au plan mondial, à commencer par les pays voisins les plus proches déjà fragilisés par les dictatures comme la Turquie d’Erdogan où l’inflation atteint déjà près de 50% en rythme annuel.
En Europe, la Banque centrale européenne, est déjà sur le pied de guerre pour limiter la casse mais jusqu’où pourra-t-elle aller ? Aux USA, l’inflation menace également et la Réserve fédérale a dû intervenir et modifier son taux directeur en février dernier quand l’inflation outre atlantique a dépassé 7% l’an en rythme annuel.
Une chose est certaine, la guerre de Poutine, même limitée à l’Ukraine, pourrait non seulement ruiner l’économie russe pour des années, voire des décennies mais elle pourrait engendrer des souffrances un peu partout dans le monde.

Quelques cas d’hyperinflation dans l’Histoire
  • En Russie, après la révolution de 1917, le taux d’inflation enregistré fut de 60 804 000 % pendant 4 ans.
  • En Allemagne, sous la République de Weimar, de l’hiver 1922 au novembre 1923, les prix ont augmenté d’environ 3 250 000 % par mois ;
  • En Grèce, durant l’occupation par les forces armées du Troisième Reich (1941-1944) l’inflation atteint 8 550 000 000 % par mois ;
  • En Hongrie, en 1945 et 1946 qui reste le cas d’hyperinflation le plus fort de l’histoire en termes de perte de la valeur de la monnaie. Aux derniers moments de cet épisode, les prix augmentèrent de 150 000 % par jour. Le forint réintroduit au 1er août 1946 remplaça le pengő, au taux de 1 forint = quatre-cents quadrillards de pengős.
  • Au Chili sous Salvador Allende, l’inflation atteint 606 % en 1973
  • au Nicaragua en 1988 et 1989 l’inflation fut de 36 000 %
  • En Argentine lors de la Crise économique argentine à la fin des années 1980, l’inflation atteint 4 924 % en 1989
  • Au Venezuela, l’inflation atteint 342 161 % entre septembre 2017 et septembre 2018, 1 698 488 % vers la fin de 2018, et 2  295 981 % en février 2019.

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(1) source : ttps://rosstat.gov.ru/

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